Ci-après, les lettres complètes dont sont tirées les citations.
Transcription de la lettre de Paul à Franz Lefmann du 11 août 1916 :
« France, le 11.VIII.1916.
Cher Papa,
Je crois qu’en lisant l’article de journal que j’ai souligné, ton cœur bondira de joie dans ta poitrine.
Tu seras entre-temps rentré de tes contrées natales. Comment les gens de Dissen ressentent-ils donc la longueur de la guerre ? L’enthousiasme patriotique a-t-il déjà été quelque peu refroidi ?
Notre nourriture ne s’est en rien améliorée. Justement maintenant, où il y a tant de jeunes légumes, on pourrait pourtant bien nous nourrir avec autre chose que de la semoule et de l’orge perlé. Nous avons certes reçu quelques fois des racines et des haricots, mais encore jamais de jeunes pommes de terre. Pourtant, il pousse assez de jeunes pommes de terre en France. Les officiers réclament tout pour eux et nous pouvons nous estimer heureux si nous trouvons de temps en temps une pomme de terre très vieille à manger.
Hier, j’ai passé une soirée assez sympathique autour d’une bière avec quatre camarades. Les quatre étaient instituteurs. L’un de la section téléphonique d’ici, que je connais déjà depuis très longtemps ; un fantassin, qui revient ici pour se reposer tous les huit jours pendant une courte période depuis les tranchées ; et enfin deux artilleurs. Tout ce qui est sorti ce soir-là, tu ne peux pas t’en faire une idée. Notamment le fantassin pouvait raconter sur ce monsieur O[hrt] des choses à faire dresser les cheveux sur la tête.
Je crois, cher Papa, que si tu pouvais endurer ce salopard de bazar ici dehors pendant quatre semaines, tu serais bien content de rentrer à la maison et tu ne considérerais pas comme un honneur de pouvoir être couché dans une tranchée, comme tu l’as dit autrefois, quand j’exprimais être heureux de ne pas avoir à faire la guerre. Mais cela remonte déjà à bien longtemps.
Affectueuses salutations,
Ton Paul. »