Ci-après, les lettres complètes dont sont tirées les citations.
« Brême, le 17 septembre 1918
Cher Paul,
À ma grande surprise, Maman vient de me dire que je ne t’ai plus écrit depuis les vacances d’été. Cela remonte donc à bien longtemps, et je dois m’excuser auprès de toi de ma paresse. Je crois bien que l’activité à l’école y est pour quelque chose. Donner 30 heures de cours par semaine dans des classes surchargées, avec toutes les tâches annexes, ce n’est vraiment pas simple, surtout si l’on considère le mode de vie “fastueux” que nous menons actuellement. Penser à la manière dont nous allons passer l’hiver n’est pas très encourageant. C’est presque incompréhensible de voir comment les gens supportent cela. L’initiative de l’Autriche de discuter de la paix est accueillie par la presse ennemie avec moquerie. La boucherie va donc continuer.
Assez parlé de cela. –
Cher Paul ! Samedi 28 septembre, je partirai pour Dissen. Comme Élise me l’écrit, tout le monde à la maison Lefmann se réjouit de ma visite. Je fais ce voyage volontiers, car je n’ai pas quitté Brême pendant les grandes vacances. Heti m’accompagnera pour se faire faire une paire de bottes par mon ami Hinrichs. Malheureusement, je retrouverai mon ami Karl Beuck dans une humeur sombre : il a perdu sa femme et son fils aîné à peu de temps d’intervalle. Les deux jeunes, Reinhold et Walter, me solliciteront certainement beaucoup ; ils sont très contents que l’Oncle Franz de Brême vienne les voir. Maman dressera une longue liste de tout ce qu’elle veut que j’apporte. J’espère que je pourrai compter sur la compréhension de mes amis. Ce ne sera pas facile, car il n’y a d’abondance nulle part.
Les colis que tu nous avais annoncés tardent à arriver ; ils ne se seraient tout de même pas perdus ? Même un pain envoyé par Karl Beuck il y a une semaine ne veut toujours pas arriver. Dans ma prochaine lettre, nous pourrons sûrement en confirmer la réception.
Nous lisons avec plaisir les récits de ta tournée de concerts ; cette période sera sûrement pour toi un précieux souvenir plus tard.
Reçois mes salutations les plus cordiales
de ton père. »