Ci-après, les lettres complètes dont sont tirées les citations.
« Brême, le 17 décembre 1916
Cher Paul,
Il est encore juste temps de t’écrire quelques lignes, sinon on pourrait croire que je te néglige.
Ce n’est absolument pas le cas. Nous pensons très souvent à toi ; combien de fois je me demande si tu conserveras ton poste lorsque, après le rejet de notre offre de paix, le combat éclatera de la manière la plus terrible ! Alors viendra l’ordre : “Tous aux armes !” Puissent les peuples d’Europe être épargnés par ce carnage. D’après les nouvelles d’aujourd’hui, nos ennemis semblent ne pas refuser d’examiner nos propositions. Puissent-ils tous comprendre qu’il faut que la paix vienne bientôt ; même ceux qui ne combattent pas sont ruinés par l’angoisse et la sous-alimentation.
Qu’en est-il de ton congé ? Nous serions tellement heureux si tu arrivais chez nous à l’improviste, bien sûr à condition que tu puisses garder ton poste ; sinon, ces quelques jours passés à la maison seraient trop chèrement payés.
On ressent à peine la proximité de Noël, il manque complètement une véritable ambiance de fête. Comment se réjouir d’une fête lorsqu’il n’y a aucune possibilité de faire des cadeaux ? Tout ce qui, autrefois, rendait la table de Noël si attrayante est aujourd’hui à des prix fabuleux, et il faut y renoncer. J’ai payé récemment 1,50 mark pour un petit morceau de massepain. Aujourd’hui, je me suis renseigné sur le prix de l’anguille : 10 marks la livre ! Si les prix continuent ainsi, il ne nous restera que du pain et des pommes de terre – ce qui est encore suffisant pour ne pas mourir de faim.
Grâce à mon vaste cercle de relations, j’arrive encore parfois à dénicher quelque chose. Quelle joie lorsque je rapporte une demi-livre de beurre à la maison !
Hier, j’ai vu pour la première fois Erni True en soldat. Son grand-père, le vieux Lemke, m’a dit qu’Erni supportait toutes les épreuves sans jamais se plaindre. Qui aurait cru cela de ce gamin ! Le capitaine de la Jeunesse militaire lui a délivré le meilleur des certificats. Mi-janvier, la troupe (y compris Hans Jäger) viendra à Lokstedt.
Cher Paul, si tu ne devais pas venir, je te souhaite dès à présent une joyeuse fête de Noël.
Avec mes salutations les plus cordiales
Ton père. »