Ci-après, les lettres complètes dont sont tirées les citations.
« Le 3 janvier 1918
Chère Maman,
Merci beaucoup pour ta dernière lettre. La dernière nouvelle que j’ai apprise est qu’Oncle August a reçu la Croix de fer. Je cours annoncer cette nouvelle à Otto et le brave homme me dit qu’il le savait déjà depuis plusieurs semaines. Il l’avait appris lorsqu’il était en permission. Que doit penser Oncle August du fait que je ne l’ai pas encore félicité ? Je vais rattraper mon retard aujourd’hui même.
Comment avez-vous fêté le Nouvel An ? Chez nous, cette fois, ce fut assez calme. J’étais invité par la compagnie d’intendance, j’ai fait un peu de musique et bu du vin chaud. En général, l’ambiance était très raisonnable.
Ton colis du 14 est également arrivé. Mademoiselle Rückel m’a écrit une lettre de Noël et annoncé en même temps un colis, mais celui-ci n’est toujours pas arrivé. Je doute qu’il arrive encore. Le gâteau de ton colis était excellent, je l’ai mangé tout de suite en entier. J’avais envoyé trois marks à Else Schüddenkopf et lui avais demandé de m’envoyer des bonbons en échange. Quatorze jours plus tard, le paquet est arrivé.
Depuis quelques jours, Otto est aussi revenu parmi nous. Otto s’occupe énormément de la paix. Il épluche tous les journaux, mais ne trouve pas la paix. Ces derniers jours, ses espoirs de paix ont énormément augmenté. Hier, on a annoncé que Lloyd George était déjà en route pour la France afin de négocier avec Clemenceau. Aujourd’hui, la nouvelle est déjà démentie. Otto fera une tête terrible.
Je termine pour aujourd’hui mon rapport et t’envoie mes salutations les plus cordiales
Votre
P A U L. »
« Le 17 juin 1917
Ma chère Maman,
Pour ton anniversaire, je t’adresse mes vœux les plus chaleureux. Ta liste de souhaits sera courte cette année, car en ce moment on ne peut pas se bombarder de cadeaux. Les denrées alimentaires sont si incroyablement rares que tu ne peux probablement même pas te faire un gâteau d’anniversaire. Mais tu as certainement un souhait, et c’est celui de la paix. L’année dernière, je t’écrivais que nous pourrions sûrement passer ton anniversaire ensemble cette année, et maintenant je dois, pour la troisième fois dans cette guerre, te serrer la main en pensée. Comme cela aurait été beau si nous avions pu tous ensemble, avec Oncle August, célébrer ce beau jour sur notre véranda autour d’un café et d’un gâteau. Nous nous remettons à espérer pour l’année prochaine. La paix sera-t-elle là à coup sûr ? Nous avons été tant de fois bernés dans cette guerre que toute confiance nous est ôtée. Et si la guerre se termine vraiment cette année, quelles seront alors les temps qui viendront pour nous ? Mais je ne veux pas te remplir les oreilles de mes plaintes, car c’est ton anniversaire. Je préfère te raconter un peu notre vie ici.
Demain, nous aurons notre premier jour de congé depuis Pâques. Je ne suis allé me coucher qu’à dix heures ce soir. Aujourd’hui, je peux rester debout une heure de plus, car demain, je pourrai dormir. Une journée entière sans service ! Quelle détente pour nous après le dur travail que nous avons derrière nous ! Maintenant, nous avons un jour de congé tous les quatorze jours. Demain, ce sera pour une moitié de la compagnie, dimanche prochain pour l’autre moitié. Quand demain matin le sous-officier de service criera “Debout !” dans les baraques, je me tournerai en souriant de l’autre côté et me rendormirai. Quand tu recevras cette lettre, notre jour de repos sera depuis longtemps passé et nous serons déjà de nouveau occupés avec des barbelés et d’autres inventions piquantes.
Aujourd’hui, nous avons encore eu la tâche désagréable de charger 900 rouleaux de feutre bitumé. Chaque rouleau pèse 60 livres et doit être porté 50 mètres du tas jusqu’aux rails. Sous le soleil ardent, le feutre ramollit et commence à coller. Les mains et les vêtements se retrouvent dans un état affreux. Deux cents hommes de notre compagnie travaillent actuellement au parc du génie. S’y ajoutent la compagnie du parc et deux autres compagnies de fortifications.
Dimanche prochain, le 24, Bossong viendra probablement vous rendre visite, celui-là même chez qui j’avais alors apporté le panier de fermeture. Il pourra vous raconter beaucoup de choses. Il arrivera vers midi et vous apportera quelques livres. Ces derniers temps, j’ai encore reçu beaucoup de livres. Même du service de lecture de Brême, un colis est en route. J’avais demandé quelques livres pour mes camarades.
Mais maintenant, assez parlé.
Salutations affectueuses à toi, Papa et Heti
Ton Paul.
N.B. Peux-tu m’envoyer un voile de gaze contre les mouches ? »