Ci-après, les lettres complètes dont sont tirées les citations.
« Écrit le 25 septembre 1916
Chère Heti,
Tu peux améliorer un peu ton français. Je t’envoie aujourd’hui un journal qui est imprimé ici pour la population civile.
Salutations cordiales
Ton frère
Paul. »
« Neufchâtel, le 24 janvier 1917
Chers parents, chère Heti,
Aujourd’hui, nous avons atteint une température inférieure à zéro comme nous n’en avions jamais eue ici en France. Le thermomètre indique –8 °C. Je plains les pauvres gars qui doivent travailler aux tranchées par ce froid. Moi, aujourd’hui, j’ai travaillé si dur que j’en fumais presque.
Je dois encore remercier Maman pour sa lettre du 19. Le billet de deux marks m’a beaucoup intéressé.
Aujourd’hui, passent sans cesse des charrettes chargées de grandes quantités de literie. C’est épouvantable : on a enlevé ces affaires à la population civile pour récupérer la laine qui remplissait les matelas. En échange, ils reçoivent des paillasses. Ce que les Français restés ici doivent endurer est inimaginable. Tous les hommes et, en partie, les femmes sont réquisitionnés pour le travail obligatoire. Le Français chez qui j’habite, par exemple, doit balayer les rues le matin, bien qu’il ait 60 ans. Les jeunes filles doivent travailler dans les champs matin et après-midi. Les objets nécessaires sont simplement pris dans les maisons. Les gens sont tellement bâillonnés qu’ils n’ont plus aucune liberté de mouvement. Peut-on leur reprocher de nous traiter de barbares ? Quand on est témoin de tout cela, on comprend à quel point nous pouvons nous estimer heureux que la guerre ne se déroule pas chez nous.
Depuis hier, les permissions sont suspendues, jusqu’au 19 février pour l’instant. Tous les permissionnaires encore en Allemagne doivent être de retour au front avant le 2 février. Avez-vous entendu dire que la région de Sarrebourg à Metz a été évacuée ? Il paraît qu’une quantité énorme de troupes s’y trouvent.
Comment Heti se plaît-elle dans son nouveau poste ?
Bien des salutations affectueuses
de votre
Paul. »